Vie d'une étudiante sage-femme
Bonjour! J'ai répondu à l'appel du Journal l'Ombilic pour écrire un texte sur le vécu d'une étudiante sage-femme. J'ai pensé qu'une description d'une journée typique vous plairait peut-être. Vous constaterez que je ne peux séparer ma vie d'étudiante sage-femme d'avec ma vie de mère et de conjointe.
Lever à 7:00. Pas le temps de siroter un café, je dois accompagner le p'tit dernier, vers 7:45 à l'arrêt d'autobus. A partir de mon lever j'ai aidé les quatre enfants à déjeuner, à compléter leur boîte à lunch et collation, vérifié s'ils avaient donné tous les papiers destinés aux parents, discuté avec le deuxième qui voulait absolument mettre son costume de bain sous ses vêtements parce qu'il aurait un cours de natation aujourd'hui. Il a aussi fallu penser à redonner à ma fille du Tylénol car elle traîne un mal de tête qui lui a valu deux jours à la maison avec maman. Je demande pour la deuxième fois à mon plus vieux s'il a fait signer son agenda par son père hier soir et il me répond, sur un ton qui en dit long sur mon amnésie, que « ouiiii, c'est fait ». Où est mon conjoint pendant ce temps? Il est déjà parti au travail, non sans avoir accompli au moins autant de menus travaux, sinon plus, que ce que je fais maintenant!
Je range la cuisine même si je vois l'aiguille des minutes qui me pointe en me narguant à propos du fait que le p'tit dernier va manq…ça y est, il a manqué l'autobus! Il fallait que je range la cuisine, car mon conjoint en a suffisamment sur les bras quand il revient du travail et qu'il entreprend, seul, le souper, les devoirs et la vaisselle… Tant pis, c'est mon « Batman en costume de bain » qui tiendra la main de son p'tit frère jusqu'à l'école. Ma fille est enfin prête et le plus vieux fait ce qu'il a à faire, c'est à dire, regarder la télé en attendant d'aller prendre l'autobus.
Vous vous demandez quand arriverai-je enfin au Centre de Maternité? D'accord, d'accord! L'ouragan maman s'est dirigé en voiture au stationnement en face de l'école et a demandé à la brigadière si elle voulait donner la clef de voiture, au plus petit des deux frères, parce que le papa doit récupérer le véhicule ce soir. Je continue à pied. Je marche très vite, c'est bon pour mon cardio et j'arrive à l'heure.
Je consulte les dossiers à l'avance, nous aurons une grosse journée, de 9:00 à 18:30 si nous n'avons pas de retard. Une petite pause à 11 :00 qui servira à faire des appels pour donner des résultats de labos qui nécessitent un suivi serré ou qui sont rassurants pour une maman qui s'inquiétait. Déjà 12:25, quelle chance, nous aurons 35 minutes pour dîner! À 13 :00, nous commençons les rendez-vous. Maintenant que je suis étudiante de 3ème année, je dirige la majorité des rencontres. Je fait les prélèvements sanguins, j'en ai raté un d'ailleurs aujourd'hui, (ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé). Mille mercis de votre patience chères femmes si généreuses de votre corps et de vos confidences. Je fais aussi les prélèvements vaginaux. De plus, nous sommes aptes à vérifier les paramètres habituels et combien importants tels que la prise de poids, la tension artérielle, la mesure utérine, le cœur fœtal, le bâtonnet pour les urines etc. Je termine à 18:00 alors que ma préceptrice reste avec un couple pour lequel il y a eu malentendu sur l'heure du rendez-vous. En fait, si je pars, ce n'est pas que je ne désirais pas rencontrer ce couple. Au contraire, je les aime beaucoup. Depuis le début du stage, je me suis attachée à eux, mais ce soir c'est ma vie familiale qui doit prendre le dessus.
Il y a deux jours j'ai eu un examen, de 17:30 à 19:30, pour lequel j'étudiais depuis 5 jours, pendant lesquels mon conjoint jouait le rôle de mère et de père en même temps. Puis, j'ai eu un cours en conférence téléphonique qui s'est terminé à 21:00. Le lendemain, hier, j'ai assisté, l'université l'oblige, à un cours prénatal et nous devons participer à toute la série soit 6 semaines de suite à raison d'un cours par semaine. Deux soirées d'absence par semaine, c'est beaucoup! Après le souper et la routine du soir, je me mets au clavier et ce n'est pas pour faire des mélodies! Je suis partagée entre faire une recherche rapide sur un cas que j'ai rencontré en clinique aujourd'hui, commencer mes lectures et préparations pour mon prochain cours de maïeutique qui est dans 5 jours, commencer mon travail de session qui doit être remis dans 12 jours ou écrire cet article qui doit être donné dans 7 jours…
Demain, nous nous rencontrons, les étudiantes de la première cohorte, à Montréal. C'est une réunion importante où se discuteront nos choix quant à nos prochains stages. Il n'y a pas beaucoup de Maison de Naissance comme vous le savez et l'an prochain, nous serons 48 étudiantes à se partager entre les 9 maisons de naissance. Plusieurs d'entre nous tiennent fortement à faire leur internat, en janvier 2003, dans les endroits où elles souhaitent travailler ensuite. Il y aura, bientôt, les stages en centre hospitalier où seulement trois candidates à la fois pourront être présentes. Ces différentes conditions, et de nombreuses autres, compliquent la vie familiale déjà difficile pour la majorité des étudiantes. Le plus grand espoir dans ceux que je chéris, c'est celui de ne pas déménager. Nous avons notre famille qui subit déjà notre choix de carrière et nous ne voulons pas leur imposer de déracinements. C'est un des plus grands points pour lequel nous nous battons depuis le début de ce cours à Trois-Rivières.
Je n'ai parlé des accouchements… Qu'est-ce que je pourrais en dire que vous ne sachiez déjà? C'est si extraordinaire d'être auprès de vous, chères mamans, d'entrer dans cette bulle où le temps n'existe plus. Seules les vagues de votre corps comptent et je me fiche éperdument de ne pas avoir dormi ou mangé comme je le fais d'habitude. J'oublie que j'ai quitté le corps chaud de mon mari pour me geler les fesses sur la banquette , je ne pense qu'à vous et à ce petit être qui baigne en vous pour la dernière nuit. Car voyez-vous, ce rythme fou qu'a ma vie depuis 3 ans, je l'aime. Je ne dis pas que c'est facile, vous l'avez compris. J'ai beaucoup de périodes basses pendant lesquelles je pense lâcher, mais je reste. Je fais un « travail à la fois » tout en participant au vôtre!
Il est 00:45. Hé! Que ça va être bon dormir jusqu'à 7:00 demain matin!
Johanne Royer
Stagiaire Sage-femme