Le point sur l'accouchement à domicile
Refaisons, pour commencer, un bref historique. Dans les années 70, certaines femmes ont manifesté leur besoin de trouver d'autres valeurs accompagnant la naissance de leur enfant. Démunies par les conditions qui entouraient leur accouchement (être attachée, être endormie au moment de la naissance, être séparée du bébé, les couples non-mariés ne pouvaient pas être ensemble, le père devait porter masque et blouson d'hôpital, pas le droit de s'embrasser, etc…) et/ou dans une demande d'auto-santé, certaines femmes ont commencé à vouloir se réapproprier leur accouchement, vivre un accouchement plus humain et ont choisi d'accoucher chez elles. Elles ont demandé à une amie qui avait accouché de venir les accompagner à la maison. Certaines ont accepté, puis, ont commencé à être présentes lors de plusieurs naissances et, les nouvelles courant vite, elles ont fini par être « reconnues » pour cela. A ce moment-là, elles ont commencé à réaliser ce que cela représentait, le risque auquel elles étaient confrontées, car elles n'étaient pas des « professionnelles » de la naissance.
Elles ont donc pris leur courage et leur ténacité à bout de bras et, à travers la vie de famille, les enfants en bas âge, les suivis de grossesse et les accouchements, elles se sont données une formation entre elles. D'autres allaient se chercher une formation dans des écoles de sages-femmes de d'autres pays. Elles ont travaillé d'arrache pied et ont pratiqué les accouchements à la maison pendant de nombreuses années, à peine tolérées par le milieu médical qui n'attendait que l'occasion de pouvoir les mettre en faute. Elles répondaient aussi au besoin de certaines familles qui désiraient un accompagnement à l'hôpital afin de rendre leur accouchement le plus humain possible. Elles ont établies les standards professionnels (de la pratique, dossiers, consentements éclairés, etc.) pour le Québec.
Pendant tout ce temps, elles ont également travaillé à la reconnaissance de la profession qui les a amenées, bon an mal an aux fameux examens pour être « déclarées aptes » à travailler dans les maisons de naissance, dans le cadre des projets-pilotes. Elles ont travaillé fort, ont été soumises à des examens extrêmement poussés, certaines se sont découragées et ont abandonné, mais, dans l'ensemble, les « autodidactes » ont obtenu les meilleurs résultats (entre autres, plusieurs médecins qui s'étaient présentés aux examens ont échoué…).
Suite à cette première reconnaissance, les projets-pilotes ont démarré et le travail des sages-femmes a été examiné à la loupe par tous les chercheurs des universités qui avaient une expertise en périnatalité. Pendant la durée de ces projets, certaines sages-femmes accréditées ou non, ont continué à pratiquer des accouchements à la maison, et cette pratique était encore «tolérée» . Beaucoup d'efforts ont été faits pour s'assurer du maintien de cette option pour les femmes pour « l'après » des projets-pilotes, même si peu de sages-femmes ont pu répondre à cette demande pendant cette période.
Puis, est arrivé le moment tant attendu de la reconnaissance officielle, la Loi sur les sages-femmes en septembre 1999. Grâce à l'intervention du public qui a bombardé le fax de l'Assemblée Nationale lors des débats, la possibilité de l'accouchement à domicile a été maintenue, mais soumise à l'adoption d'un règlement encadrant cette pratique. Il est stipulé dans la loi que ce règlement doit être établi par l'Ordre des Sages-Femmes avant d'être adopté au niveau de l'Assemblée Nationale.
Avant la mise en place de l'Ordre, les sages-femmes, au sein du Regroupement des sages-femmes du Québec, avaient déjà préparé ce règlement, mais il fallait ensuite le « traduire » en termes juridiques. La mise en place de l'Ordre ayant pris du temps (c'est une instance très officielle et soumise à des règlements qui la dépassent), cela a pris plus de temps que nous l'espérions. Le problème, depuis la mise en place de l'Ordre, c'est qu'aucune sage-femme, accréditée ou non, n'a plus le droit de faire des accouchements à domicile car la mission de l'Ordre étant la « protection » du public, il est obligé d'intervenir en cas de plainte si un accouchement à domicile était dénoncé et les conséquences pourraient aller jusqu'à la radiation pour les sages-femmes membres de l'Ordre et jusqu'à un procès pour exercice illégal pour les autres…. Donc… encore moins de chance de trouver une sage-femme qui accepte un accouchement à domicile dans ces conditions. De plus une sage-femme peut avoir à payer jusqu'à 5,000$ pour avoir accompagné un accouchement à domicile.
Parallèlement, la formation de futures sages-femmes a commencé à l'Université de Trois-Rivières et il est prévu que, dans leur formation, elles participent à des accouchements à la maison …
Actuellement, le projet de règlement est entre l'ordre des sage-femmes et l'ordre des Professions. Le texte est modifié selon les avis, retravaillé et renvoyé. C'est un processus complexe et qui est malheureusement incontournable. Quand une publication sera faite dans la Gazette Officielle, à la suite de quoi seront reçus tous les commentaires de la population en général. Après cela (et dépendant des commentaires qui seront donnés….) le règlement devrait être adopté par l'Assemblée Nationale. Comme on nous a donné régulièrement des échéances qui n'ont pas été respectées, je pense préférable de ne pas en « remettre » d'autre sans savoir.
Dans les maisons de naissance, nous pensons mettre en place toute l'organisation nécessaire pour l'été, voire l'automne prochain. En effet, l'organisation inhérente à des accouchements à distance de la maison de naissance entraîne toute une série de mesures (gardes, équipes, assistance, matériel, etc… ) qui ne peuvent s'improviser, pour la sécurité de tous. Nous sommes très conscientes des « sacrifices » demandés aux familles qui auraient voulu accoucher dans leur environnement pendant tout ce temps, mais je peux vous assurer que l'impatience est aussi de mise du côté des sages-femmes et de toutes celles et ceux qui se sont battus pour le choix des femmes et des familles.
J'espère que ces précisions vous permettront de voir plus clair dans la situation présente et n'hésitez pas à vous manifester dans les maisons de naissance, les protestations et manifestations d'appui sont toujours importantes et … parfois efficaces. Il faut maintenir le cap !
Dominique Porret